Animal dressing par PHB, du 14 avril au 4 mai

Le Showroom Galerie 7 sera exceptionnellement fermé le samedi 15 avril

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Le peuple immobile

Je suis une femme des villes. Dans les forêts je me sens craintive. Peut-être m’a-t-on trop lu le petit poucet et Hansel et Gretel dans mon enfance. En revanche je suis très émue par les arbres des villes.

On les remarque à peine, alignés entre un parcmètre, un banc ou autre mobilier urbain. On trouve appuyés contre leurs troncs, des dépôts sauvages, méli-mélo de meubles cassés et de détritus. Et puis un jour je me suis mise à toucher ces habitants statiques de nos rues. J’ai soudain pensé qu’eux aussi étaient vivants peut-être bien plus que nous car ils sont quasi immortels.

Depuis je les considère comme des personnes non-humaines. Je les appelle : „ le peuple immobile“.

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Je les ai touchés encore, écorce contre peau et j’ai eu envie de garder des traces de ce contact. J’ai commencé à pratiquer des estampages sur de longs papier et puis une amie anthropologue m’a parlé du tapa océanien. Elle m’a expliqué sa fabrication par les femmes et toute la symbolique qui s’y rattache. Elle m’a donné un morceau. J’ai eu en le touchant, la sensation de rentrer dans l’intimité de l’arbre. De traverser l’espace et la matière, de Paris à Tonga, de l’humain au végétal, du profane au sacré. J’ai eu tout de suite envie de travailler avec cette étoffe d’arbre.

J’ai été séduite par ce matériau pour son relief, sa vie, les traces de sève qui l’ont habité, celle des mains des femmes qui l’ont battu et l‘écho des échanges et des paroles qu’elles ont partagées et échangées dans sa fabrication. J’y ai ajouté de l’or symbole de richesse et de lumière de la connaissance chez nous, comme le tapa est la richesse matérielle et symbolique des femmes de l’Océanie.

L’or m’a aussi servi à souligner les accidents de la matière laissés par les traces des rameaux adjacents qui assuraient la croissance de l’arbre mais qui ont dû être supprimés pour obtenir une nappe continue. J’ai estampé de l’écorce battue sur de l’écorce en vie pour lui insuffler de nouvelles vibrations, un nouveau devenir, une seconde vie en quelque sorte.

Marion Dumaine.